Diagonale BREST MENTON

Publié le par Velo Presqu'île de Crozon

Nos amis Marie-Claude et Michel (voir l’article paru le 13Aout 2015 dans notre blog) ont participé au PARIS-BREST-PARIS 2015 leur préparation à cette dur épreuve leur a demandée de longues sorties à vélo.

Michel nous a transmis son carnet bord ou carnet de selle, d’une partie de ses parcours (de célèbres diagonales) effectuées avec des amis de leur club le HAC Cyclos de l’Hermitage (35).

Si des cyclos sont intéressés à effectuer l’une de ces diagonales ils pourront s’inspirer des récits rédigés par Michel.

Bonne lecture

BREST – MENTON N° 15030

du 23 au 27 mai 2015

Compte-rendu de Michel HERVE, HAC Cyclos de l’Hermitage (35).

Appareil photo

Préliminaires :

Octobre 2015, je m’attelle à la tâche de mes comptes-rendus, eh oui, j’ai encore du retard, je vais avoir les remontrances légitimes d’Annette... Le mois d’août est passé une nouvelle fois à vitesse grand V avec le Paris-Brest et en septembre, dans la foulée, je me préparais pour le Half-Ironman de St Lunaire (35) réalisé depuis avec succès, le tout au moment de la reprise du boulot et de la rentrée scolaire… Je me suis, une nouvelle fois, laissé déborder… Que me reste-t-il en mémoire de ce nouveau périple ? De belles rencontres et tout de même quelques bons moments. Je vais essayer de vous relater ces rencontres que j’ai pues faire, d’y ajouter mes « instantanés », mes impressions que j’ai notées à chaud sur mon carnet de route, ainsi que les péripéties que j’ai pues avoir avec mon GPS et les coups de mou que j’ai pus subir.

Comme en 2003 (P-B), en 2007 (H-S et S-B), et en 2011 (D-M, M-H et H-D), cette septième diagonale s’inscrit pour moi dans la préparation du P-B-Paris de 2015. Toujours plus, est-ce vraiment raisonnable ? C’était la question que je me suis posée en 2011 avant ce triangle mais ce défi me tentait et en plus, question d’organisation, cela s’simplifiait les choses puisque je revenais au point de départ initial… Ce fût également la question que je me posais après ce triangle car, de retour au bercail, j’étais vraiment HS (pas Hendaye-Strasbourg mais Hors-Service…) et les quatre semaines de récupération avant le P-B-Paris que je m’étais ménagé m’avaient semblées un bon moment insuffisantes. Finalement, tout rentra dans l’ordre et je fus opérationnel. Mais cette année 2015, j’ai quand même, quoi je puisse en penser, 4 ans de plus et ce nouveau P-B-Paris est en gros huit jours plus tôt qu’à l’habitude. Donc, je ne me voyais pas renouveler l’expérience de 2011 et en plus, question d’organisation, ce n’était pas évident car il me restait B-M, S-P et P-D à faire pour boucler le 1er cycle de ces diagonales. Toutefois, l’envie d’obtenir ainsi mon ½ bâton de maréchal dès cette année l’emporta et je programmais donc ces 3 diagonales en deux temps, B-M fin mai lors d’un week-end prolongé, S-P et P-D mi-juillet, à deux, ce qui constitue une nouveauté pour moi, avec mon copain Christian ARGOUD rencontré lors des cinq mois de l’expédition Pékin-Paris-Londres de la FFCT organisé en 2012 et pour lequel, j’avais eu le temps de vanter tous les avantages que pouvait constituer la réalisation de diagonales avant un P-B-Paris entre autre.

 

Mais pour le moment, pour B-M, j’étais seul, et sitôt la fin de journée de ce vendredi 22 mai, je sautais dans le train en partance pour Brest, ayant pris le soin auparavant de troquer ma tenue civile pour celle de diagonaliste, pour ce qui me concerne, une tenue de cycliste avec son vélo bien évidemment et ses bagages sous la forme de 2 petites sacoches et d’un sac à dos toujours trop lourd, quelque soit son poids…

 

1ère journée, Brest – Nantes, 301Kms. Départ à 5H30, arrivée 20H environ.

Après une nuit agréable, mais déjà trop courte, passée à l’hôtel Kélig, je me dirige vers l’hôtel de police de Brest même (expression typiquement brestoise…) situé à deux pas, pour obtenir le fameux tampon de départ. Le quartier est déjà animé ou plutôt encore animé, renseignements pris auprès de la maréchaussée, il y a une boîte de nuit dans le secteur. Cette fois-ci, c’est bien parti non sans les dernières recommandations de prudence des deux agents malgré mon gilet jaune et mes multiples éclairages, bien peu de choses à leurs yeux face à certaines situations déjà vécues… Cependant, je pars le cœur léger, avec ce sentiment de liberté que je retrouve à l’occasion de ces grandes chevauchées. Par contre, le temps est un peu chagrin, mais rien de dramatique pour un  breton comme moi, avec quelques nappes de brouillard, ce qui est nettement moins agréable en termes de sécurité.

Toute la première partie, je la connais quasiment par cœur, et malgré sa difficulté, l’euphorie du départ aidant ainsi que le petit vent favorable, les kilomètres « défilent » et l’espoir de croiser des copains du club de Crozon s’amenuise de part l’heure matinale à laquelle je navigue dans le secteur… Cette année, « j’innove », pas de cartes, je mise tout sur mon GPS « Garmin Touring » que ma chère et tendre m’a offert à Noël dernier. Je n’ai pas forcément eu l’habitude de l’utiliser en mode navigation, les premiers essais n’ayant pas été très concluants… Ce coup-ci, pas moyen de reculer, va falloir s’y faire, va falloir que ça marche et pour tout dire, pour le moment, ça ne marche pas fort… Il bipe trop fréquemment, me demande de quitter la bonne route, que je connais fort heureusement, va falloir que ça change… Déjà, enlever la sonnerie qui me casse les oreilles, ça, je sais faire… Je vous rassure quand même, j’ai ma feuille de route mais elle n’est pas détaillée et je commence déjà à regretter mes veilles cartes sans autoroutes, pour lesquelles je me fais chambrer par des soi-disant copains… 87, ce n’est pas vieux quand même… Non ?

Instantané de Rosporden, C1 : Le soleil n’est pas présent mais le vent aide à avancer pour le moment. Le GPS fait des siennes et m’indique nombre de raccourcis dont je ne veux pas… Ce matin, à l’hôtel de Police, j’ai  replongé dans l’ambiance des diagonales. Les fêtards sont nombreux dans les rues et finissent leur journée tandis que moi, je la démarre… Encore un réel plaisir de pédaler sur les routes du Finistère. Le sac à dos est lourd, la sacoche arrière l’est moins que d’habitude, c’est ce que j’ai privilégié cette fois-ci. A voir donc...

Rosporden. Pointage. Là, j’ai vraiment le sentiment que j’y suis dedans, dans la diagonale, avec le premier tampon de contrôle, avec la première page du carnet de route que je rempli, je me sens ainsi à des années lumière des soucis de boulot qui me tarabustaient encore hier… Quel bol d’air… Pour certaines personnes fréquentant le bistrot où je  me suis arrêté, le bol d’air est visiblement insuffisant pour dissiper certaines vapeurs d’alcool persistantes de la nuit et la soirée semble encore se prolonger en ce milieu de matinée… L’un d’entre eux me regarde interloqué, se demandant peut-être ce que je peux bien faire en tenue de vélo dans un bistrot… Effectivement… Ben justement, le tampon, en le vérifiant, je m’aperçois qu’il ne comporte par la localité de Rosporden mais le lieu dit ce qui me vaut une visite dans le magasin de fleurs d’à coté, et de plus, un charmant accueil jumelé d’un agréable sourire de la propriétaire.

Le GPS est rentré dans le rang, il suit maintenant la bonne route. C’est qui, qui a raison ? Non mais !!! Le vent pousse encore malgré le changement de direction, j’ai l’impression que je vais être de bonne heure à Nantes, terme de la première journée. Hennebont, un peu tôt pour manger un bout, je décide de pousser un peu plus loin. Branderion, ce sera parfait, d’autant plus que c’est le patelin d’un ancien bon collègue de boulot, décédé malheureusement l’été dernier. L’occasion pour moi de me remémorer les bons moments passés ensemble. Salut Jo… La boulangerie ne fait de sandwich mais m’indique le café d’en face. Parfait. Effectivement, no problème, installez-vous, le temps d’aller chercher du pain en face… C’est ce qui s’appelle « travailler main dans la main »… A la terrasse où je prends le temps de me dévêtir un peu car le soleil commence à donner, je me fais aborder rapidement par un local, le vélo casse les barrières. Lui aussi a fait de belles virées et nous échangeons passionnément. A chaque aller et venue de personnes, Louis, puisqu’il s’agit de lui, se fait saluer et c’est à chaque fois l’occasion de me présenter et de redire la même chose. Le correspondant local, Gérard, retourne même chez lui pour s’équiper de son appareil photo, me demandant de patienter encore un peu… A son retour, c’est une interview en règle à laquelle j’ai droit. Un moment très sympathique mais la journée est loin d’être finie… Je dois reprendre la route… A Vannes, Emile LE ROUX, SARiste, prend de mes nouvelles juste au moment où je pointe, il ne pourra me voir. Dommage.

Instantané de Vannes, C2 : Arrêt casse-croûte à Branderion. Grande discussion avec un cyclo local qui m’a offert un coup. Le correspondant local Ouest-France m’a pris en photo et fera un petit article pour l’édition locale. De fil en aiguille, le temps défile mais cette rencontre est très agréable. La remise en route est difficile, le vent ne pousse plus et le GPS fait encore des siennes. Il y a foule de touristes sur le port de Vannes, le soleil est présent depuis Hennebont mais le ciel menace déjà…

Après Vannes, cela se corse, je connais moins la route, celle-ci pour les vélos est tantôt au Nord, tantôt au Sud de la 4 voies qui va vers Nantes. Par la voie express, la direction serait simple à trouver… Mais j’ai confiance, j’ai mon GPS… Plus loin, je dois malheureusement déchanter, je suis perdu, le GPS m’envoie dans des chemins impraticables pour un vélo de route, me voilà bien… J’essaye suivant mon flair mais je dois avoir le nez bouché car je finis pratiquement dans une cour de ferme… Le GPS n’arrête pas de calculer, de recalculer un nouvel itinéraire et de biper en permanence, il m’énerve celui-là, et je me dis que rien ne vaut une bonne vieille carte…Enfin quelqu’un qui me remet sur le droit chemin, si l’on peut dire, car je n’arrête pas de virer et revirer, la voie express étant toujours toute proche toutefois, ce qui rassure un peu. Au final, beaucoup de temps de perdu et des kilomètres en plus bien évidemment.

Instantané de Nantes, C3 : L’après-midi a été longue, les kilomètres ne défilaient pas… Deux erreurs de parcours dont une à cause du GPS… Les parcours openrunner vélo empruntent des chemins et le GPS recalcule la route en permanence. Un arrêt dans un Kebab… à St Etienne de Montluc me fera le plus grand bien. A l’appartement du fiston, je trouve ce qu’il faut pour refaire les pleins. Ce soir, je ne devrai pas avoir de soucis pour m’endormir…

 

2ème journée, Nantes – Châteauponsac, 315Kms. Départ à 5H, arrivée 19H30 environ.

Ce matin, je pars guilleret, je suis en forme. Malgré mes déconvenues de la veille, je suis grosso-modo la trace bleue du GPS, il ne bipe pas, et pour cause, j’ai supprimé l’alarme… Cependant, au bout d’un moment, je ne sens pas le truc, certains panneaux ne m’inspirent pas. A « l’ancienne », j’interpelle un cycliste matinal pour lui demander mon chemin, évitant de lui parler de mon GPS. J’ai le droit à un « Mais vous n’y êtes pas du tout ! » puis à un « Et en plus, il n’a pas de carte… », me laissant carrément en plan ensuite… Du coup, je fais ce que j’ai l’habitude de faire, à savoir viser le centre ville. Et ça marche bien, mieux que mon GPS en tous cas… Plus tard, j’ai compris ma méprise, la trace bleue que je suivais était l’Erdre !!! Il faut dire que ces derniers temps ma vue a baissé… Et en plus il faisait nuit… Bon ça va, j’ai compris, j’avoue, j’ai un peu de mal avec les nouvelles technologies… Je ne suis pas au bout de mes peines avec ce fameux GPS, Clisson m’en apportera une nouvelle preuve si j’avais encore besoin d’en être convaincu.

Instantané de Bressuire, C4 : La sortie de Nantes a été laborieuse. Il faut dire que j’ai pris l’Erdre pour mon parcours sur l’écran GPS. Problème de vue surement ou pas assez réveillé… A Clisson, ça a été la catastrophe, une bonne ½ heure pour trouver la route. La direction de Cholet m’a mis dedans, j’ai toujours vu Cholet à l’Est de Nantes…

Après mes déboires de GPS à Clisson, son mode de navigation ne fonctionne plus, ce qui n’est pas plus mal. Il a du en avoir marre, voyant que son utilisateur n’en faisait qu’à sa tête et ne suivait aucune de ses indications... Du coup, après ma pause déjeuner à Airvault, un peu à l’écart de la route principale, je repars par d’autres rues pensant couper un peu pour retrouver ma trace, ce qui fut chose faite. Requinqué par cet arrêt réparateur, je recommence à pédaler allègrement depuis quelques kilomètres quand j’aperçois un bâtiment qui ne m’est pas inconnu… En me retournant, je revois la route de mon arrivée à Airvault et m’aperçois de ma méprise… C’est triste de ne plus avoir toute sa tête…

Instantané de Chauvigny, C5 : Le soleil est là depuis quelques temps mais j’ai tardé à enlever mes jambières au bord de la route de peur d’être taxer de faire du racolage. Un convoi de caravanes m’a doublé pendant un moment, j’ai eu quelques appréhensions (un jet de quelque chose sur moi…). Un déjeuner sur une belle placette avec des halles à Airvault et une grosse erreur de parcours pour repartir, je retournai sur Brest… le vent pousse un peu quand je vais au Sud-Est, ce soir je devrai être avant 20H au gîte.

Au gîte de Châteauponsac, je suis accueilli par un couple de hollandais, aux petits soins pour moi. Une belle soirée et un échange sympathique.

 

3ème journée, Châteauponsac – St-Germain de L’Herm, 242Kms. Départ à 5H30, arrivée 19H30 environ.

Ce matin, nickel, je semble maîtriser le GPS, ça marche impeccable comme disent souvent les brestois. « ON », « PARCOURS », « ALLEZ A » et surtout ne pas oublier de lancer l’enregistrement… La classe !!! De quoi me rassurer pour la journée…

Instantanée de Aulon (Pontarcon), C6 : Tout est fermé, pas vu un chat, pas de boîte aux lettres PTT. J’ai pris trois photos de mon vélo au panneau d’entrée du bourg, ce qui m’a valu de monter deux fois la côte… l’étape du soir a été très agréable, j’ai été choyé, une adresse à recommander aux diagonalistes. Pour le parcours, la mise en bouche donne le ton pour la journée, dur, dur-dur… Les petites routes sont agréables mais je somnole. Heureusement, quelques voitures passent et l’une d’entre elles me klaxonne ce qui me réveille… La fatigue est déjà présente…

 

Instantané de Herment, C7 : Depuis ce matin, le profil est dur et c’est loin d’être évident. J’ai adopté le mode économique pour « aller loin ». A Giat, beaucoup de monde, c’est la foire et je retrouve des points de repère de mon passage lors de H-S en 2007 si ma mémoire est bonne. A vérifier car je ne suis pas très lucide. Un casse-croûte, un café, un Coca à l’auberge et c’est reparti.

A l’auberge d’Herment où c’est l’effervescence à cause de la foire de Giat, on refuse du monde. Avec « mes grands sabots » et malgré le coup de feu, j’arrive, avec diplomatie, à avoir un peu à manger. Je profite de cette pause pour « tripoter » mon GPS et je m’aperçois, à mon grand désespoir, qu’il n’a rien enregistré de ce que j’ai fait ce matin… J’en suis extrêmement déçu car cela me faisait plaisir à l’avance de garder la trace des petites empruntées et de pouvoir les réexaminer par la suite. Encore une mauvaise manip de ma part car il faut l’avouer, la machine fait généralement ce que l’on lui dit de faire et l’essentiel est de comprendre ce qui s’est passé… Et là, je pense avoir compris… Pour la deuxième partie de la journée, de ce coté là, le GPS, cela se passera bien. Par contre, sur le vélo, c’est moins bien. Le profil devient dur, une pluie bien costaude, pas un petit crachin comme on peut voir de temps en temps en Bretagne, une pluie sous forme de seau d’eau s’invite à la partie à Rochefort-Montagne où j’essaie de regonfler mes pneus sans succès dans un garage d’engins agricoles (pas le bon embout). Je m’abrite un moment mais cela continue toujours, alors il faut bien y aller et avancer… Je dois trouver ici une petite route qui coupe pour aller à Issoire mais je manque de confiance en mon GPS et je tergiverse quelque peu. Les quelques personnes que j’arrive à interroger sont plus pressées de se mettre à l’abri que de me répondre et m’envoie par simplicité sur la grande route que je veux éviter. Finalement, grâce à la carte d’un couple de randonneurs déjà trempés qui retrouvait avec plaisir leur véhicule, j’arrive à me resituer et à retrouver la trace de mon parcours. J’ai eu le tort de ne pas faire suffisamment confiance en l’engin mais que voulez-vous, quand il vous demande parfois de bifurquer dans des chemins tout juste fréquentables en VTT, vous restez septique... Je retrouve plus loin des axes plus importants, entre autre pour franchir le col de la Ventouse et la descente qui s’en suit pour me mener vers Issoire est vraiment impressionnante et très fréquentée car elle mène les nombreux véhicules vers l’autoroute que je reconnais brièvement.

Instantané de St Germain de L’Herm, C8 : Depuis Herment, je pressentais que le temps changeait. La pluie fait son apparition à Rochefort-Montagne, une pluie bien drue et froide. J’ai eu du mal à trouver la petite route, tout le monde veut m’envoyer sur la nationale où ça roule énormément. Le profil est dur, il faut prendre son temps. Après Issoire, les trente kilomètres pour atteindre le gîte sont très durs, j’avais anticipé en faisant le plein d’énergie avant. Le gîte du soir est super et pour moi tout seul…

 

Le soir, à l’étape, bien évidemment, il ne faut pas oublier de recharger les appareils, GPS, portable, lampes, frontale,... Il faut avoir gardé un minimum de lucidité pour ne pas mélanger les différents adaptateurs et cordons divers (et ne pas les oublier ensuite sinon c’est la catastrophe…). Il faut également trouver les prises mais ce soir, cela ne manque pas, je suis dans un vrai palace, prévu pour au moins six personnes, et je suis tout seul… Le parcours effectué cet après-midi est bien enregistré, il est dans la boîte, je pourrai étudier mes hésitations, je suis satisfait, je peux aller dormir, que demander de plus ?

 

4ème journée, St-Germain de L’Herm – La Piarre, 310Kms. Départ à 5H, arrivée 23H environ.

Instantané de St Agrève, C9 : Ce matin, départ réel du bourg à 5H30 (1/2 heure de retard déjà). La route est très humide mais il ne pleut pas. Je pensais qu’il allait faire plus froid mais cela va malgré le brouillard. Une grande descente vers La Chaise Dieu où je suis maintenant en avance. Ca file car le vent pousse bien. Attention au parcours car j’ai failli louper un changement de direction, les panneaux étaient dans le « le dos ». Pour atteindre Vorey, encore une longue descente sur une petite route très sympathique dans des gorges magnifiques. Dommage qu’il n’y ait pas de soleil car maintenant, j’ai vraiment froid. Un arrêt dans une auberge au bas de la descente dans le but de me réchauffer mais je n’y arrive pas. J’en arrive à espérer une montée pour repartir. La suite est du même tonneau… A St Agrève, je fais une bonne pause et la discussion avec le patron me retape tout autant que sa Plancha…

A St Agrève, je suis frigorifié et trempé, plus à cause de ma « bâche » que de la pluie ou de la route humide. Je m’installe près du radiateur et le patron me permet de me mettre à l’aise, ce que je fais sur le champ. Quelques minutes après, c’est un vrai séchoir que j’ai installé, mes affaires sont un peu partout, la fréquentation du bar/auberge n’est pas importante. Le tenancier confirme qu’il ne faisait pas chaud ce matin, 7°C, mais que dans 20-30 Kms, je gagnerai 10°C sans problème. « Tout est en descente jusqu’à Valence ou presque, il y a juste une petite montée que même moi je suis capable de faire alors que je ne fais pas de vélo, c’est tout dire » me dit-il. Je suis un brin sceptique mais cela remonte le moral. La réalité ne fut pas exactement cela, il faisait meilleur plus loin, c’est vrai, mais à vélo, je n’ai pas vu que de la descente… C’est sûr qu’en voiture, on ne voit pas tout… Ah oui, j’oubliais ! Un qui n’a pas digérer du tout la matinée, c’est mon GPS, il ne donne plus signe de vie (adieu mes enregistrements ?), il va falloir que je fasse sans, heureusement, le parcours prévu est maintenant plus simple, je suis sorti du Massif Central et de ses petites routes tortueuses.

Instantané de Die, C10 : Plus de GPS après l’arrêt de St Agrève, il a du prendre l’eau. En plongeant sur Valence, je retrouve un peu de soleil mais j’hésite à trop me découvrir car j’ai peur d’avoir froid, il y a beaucoup de vent. J’ai fait un petit col en étant trop couvert, pensant toujours que cela allait descendre, au dire du patron du bar de St Agrève. La traversée de Valence s’est faite sans problèmes avec la piste cyclable. Je reçois un coup de fil de Christian, un copain du Pékin-Paris-Londres 2012, qui s’est proposé de faire un bout avec moi. Je le retrouve après Crest et on fera route ensemble jusqu’à Die, la conversation fait passer les kilomètres beaucoup plus vite. Ma pause d’une heure prévue à Die dure beaucoup plus longtemps mais peu importe, cela m’a fait chaud au cœur de le revoir. Il était surement curieux de voir comment était un diagonaliste à la fin du 4ème jour car on a prévu mi-juillet de faire S-P et P-D ensemble…

Après avoir quitté Christian, je confirme par téléphone au gîte de La Piarre que j’arrive bien ce soir mais que j’aurai beaucoup de retard. La jeune fille me confirme que cela ne pose pas de problèmes et que je serai attendu, ce qui fait toujours plaisir. Peu de temps après, je reçois un appel du gîte, c’est la maman cette fois-ci. Par rapport à mon retard, elle me propose que l’on vienne me chercher en voiture et que cela ne leurs pose aucun soucis. Je lui réponds aimablement que c’est interdit et que je respecte le règlement sinon cela ne représente plus rien à mes yeux. Elle n’a pas insisté mais a paru quand même étonnée que je refuse… C’est la deuxième fois que cela m’arrive, j’ai été surpris à chaque fois de la réaction d’incompréhension des personnes. Par ailleurs, l’accueil, le gîte, le repas, la convivialité… ont été parfaits.

 

5ème journée, La Piarre - Menton, 142Kms. Départ à 5H30, arrivée 22H30 environ.

Ce matin, je me suis bien couvert pour la descente. Il fait frais mais ça va. Encore un sanglier qui s’enfuit pour se cacher dans des buissons ! Hier soir, dans la descente vers le gîte, j’en ai également vu un détaler dans la nuit devant moi. Pour la route, c’est simple, toujours tout droit. Je m’aperçois assez vite que je suis « moyen », par forcément au niveau des jambes, mais globalement, je suis fatigué et je manque de tonicité. La nuit n’a pas été bonne malgré la fatigue, j’ai beaucoup transpiré, pourquoi ? En tout cas, maintenant, je somnole sur mon vélo et je n’aime vraiment pas ça. Je connais trop bien … Après, l’embout de guidon droit tombe sur la route et rebondit plusieurs fois. Arrêt immédiat mais quelques mètres plus loin, c’était dans une descente. Demi-tour. Impossible de le retrouver, cela me chiffonne, je n’aime pas cela, et en plus, il était joli celui là. A la réflexion, si ce « contretemps » me tracasse, c’est que je ne dois pas être si mal que ça …

-Instantané de Sisteron, C11 : Hier, après avoir quitté Christian, j’ai mis environ trois heures pour rejoindre le gîte de La Piarre à 22h45… L’accueil chaleureux n’a pas compensé la nuit trop courte et agitée. Ce matin, ça ne va pas fort, quelque chose ne tourne pas rond. J’ai calé au petit-déj sur une tartine, j’ai transpiré pendant la nuit, maintenant j’ai froid, cela ne présage rien de bon… J’ai atteint Sisteron « difficilement » malgré la descente. Je reconnais maintenant les lieux, je les avais en tête mais je voyais cela plus loin. Il y a quatre ans je crois, je me souviens que je n’étais pas en meilleur état (coup de chaleur) et j’avais réussi tout de même à rejoindre Menton…

Pour atteindre Sisteron, cela m’a paru extrêmement long et je redécouvre l’endroit, je suis un peu étonné car je voyais cela plus loin. Arrêt dans le bistrot en face de celui d’il y a quatre ans pour me réchauffer, l’autre fois c’était pour me rafraichir, il était climatisé. Mais globalement, l’histoire se répète car je suis à peu près dans le même état, à savoir « mal ». J’ai froid, ce que confirment les gens autour de moi. Pour la suite du parcours, bien que je connaisse la route pour y être déjà passé, j’achète une carte routière (Michelin 334). Je déambule tel un zombie sur la petite place, préférant tenir le vélo à la main et marcher à pied, l’équilibre me semblant précaire. J’ai parfois des « absences » ou des vertiges, manque de sommeil probablement.

Je repars et un petit peu plus loin, puisque ça ne va pas mieux, je décide de faire une petite pause à l’écart de la route pour faire le point. Pourquoi ai-je des frissons, pourquoi ai-je les joues en feu ? Forcément, je pense à la fringale, j’ai pourtant bien mangé ce matin mais j’ai calé sur une tartine. Je retrouve le sandwich suédois acheté à Die la veille et que j’avais oublié dans la sacoche … Je le mange avec appétit sans problème. Après, je me concentre sur l’examen de la carte routière, et j’ai mentalement découpé le parcours en tronçons. J’ai ensuite évacué de ma tête une bonne partie du parcours restant pour me concentrer sur le tronçon qui se présente là, devant moi. Et de plus, celui là, je l’ai encore découpé en micro-portions… Et je ne me suis plus occupé de l’heure, cela tombe bien car le GPS n’a pas redonné signe de vie. Je me suis également dévêtu abandonnant coupe-vent, sympatex, jambières, manchettes, casquette… Et je repars.

Devant moi, le premier micro-objectif à atteindre, le bistrot d’il y a quatre ans à Malmaison (8 km). Arrivé à ce terme, après avoir eu quelques sensations de fraicheur qui me font du bien, je retrouve donc ce fameux bistrot. Je pose mon vélo au même endroit, je reconnais le même patron, je lui commande probablement les mêmes choses, je lui pose les mêmes questions et il me répond les mêmes choses quant au parcours pour éviter de monter à Digne (il faudra que je fasse cette route un jour). Tout cela pour confirmer à peu près ce que je sais déjà mais cela rassure.

Mais là, alors que vous avez fait de gros efforts mentaux, le truc qui tue …

- « Mais vous allez où ? »

-«à  Castellane » (fin de mon premier tronçon).

-« Hou là-là ! Mais, y a un bout ! »

-« Oui, oui, je sais ... »

-« Y a au moins soixante kilomètres, vous n’êtes pas près d’y arriver ! »

Et voilà, il va falloir de nouveau se remotiver mentalement.

Ensuite, une fois reparti, c’est un peu mieux, les jambes ça va, je ressens l’envie de m’asperger d’eau mais je ne le fais, j’ai peur d’avoir froid ensuite. Avant Barème, je reconnais le coin et je me souviens que j’en avais bavé. Halte, je me renseigne de l’heure, il faut que je mange, je déambule sur la petite placette pour effectuer mon ravitaillement…

La suite m’a paru plus dure que la dernière fois mais je n’oublie pas que j’avais fait halte pour la nuit à Castellane. La motivation de toucher au but l’emporte fort heureusement.

-Instantané de Le Logis du Pin, C12 : Ca y est, j’y suis à ce dernier pointage mais dans un état second… « J’ai les jambes » je pense mais j’accuse la fatigue et un coup de chaud, je crois. Je m’arrose dans les montées pour baisser la température du corps et je ne me couvre pas dans les descentes… Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les bouffées de chaleur aux joues et ces vertiges… Je pense pouvoir être avant la fin du délai à Menton malgré tout. Je n’ai plus de GPS, de chrono, de compteur, je n’ai plus de repères… En clair, je suis à coté de mes pompes…

J’ai réussi tant bien que mal à rejoindre le bord de mer et là, j’ai décidé d’en profiter. Alors j’ai flâné, prenant le temps de discuter en bord de plage avec un couple d’alsaciens. La carte postale, La Turbie où j’ai encore pris le temps de manger une pizza et de discuter avec trois jeunes dont un faisait du vélo pour se maintenir en condition alors qu’il était pilote moto sur circuit, et je me laisse descendre dans la nuit tombée vers Menton en appréciant bien ce moment que j’étais venu chercher.

Pour la petite histoire, après une petite nuit passée à l’hôtel (le fils du patron habite à coté de chez moi !), le lendemain, malgré ma correspondance ratée à Paris, j’étais l’après-midi devant mes élèves et à l’heure…

 

PS : Merci à Emile, SARiste, d’avoir pris de mes nouvelles au téléphone. Merci à mon copain du PPL, Christian de m’avoir accompagné un bout de route durant cette diagonale. Un grand merci également à Francis SWIDEREK, notre président et diagonaliste lui aussi, pour l’aide qu’il m’a donné pour ce parcours. Ils m’ont tous bien aidé et ont donc contribué à la réussite de cette diagonale. Ah ! J’y pense tout d’un coup, à mon sacré GPS… Au final, je n’ai aucune trace, aucun élément de ce que j’ai effectué sur cette diagonale… Beaucoup d’efforts pour me mettre un peu à la page, dans le coup, pour paraître un minimum branché, tout cela pour rien en définitive… Je pense que je vais me remettre aux cartes, les bonnes veilles méthodes qui ont fait leurs preuves…
Nota :         P-B : Perpignan – Brest                            D-M : Dunkerque – Menton                     PBP : Paris-Brest-Paris

                    H-S : Hendaye – Strasbourg                                        M-H : Menton – Hendaye                         PPL : Pékin-Paris-Londres

                    S-B : Strasbourg – Brest                          H-D : Hendaye - Dunkerque

 

                                        

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